SCIENCES ET LANGAGE DANS LA CLASSE

 

Dans la démarche qui sous-tend l’activité de la classe en sciences et technologie, le langage n’est pas objet d’étude premier. Mais dans les allers et retours que le maître organise entre observation du réel, action sur le réel, lecture et production d’écrits variés, l’élève construit progressivement des compétences langagières (orales et écrites1) en même temps que s’élabore sa pensée.

Individuellement ou collectivement, en sciences, le langage est notamment mobilisé pour :

Ø formuler des connaissances qui se construisent :

nommer, étiqueter, classer, comparer, élaborer des référents, transmettre.

Ø mettre en relation :

interpréter, réorganiser, donner du sens

Ø faire valoir son point de vue :

convaincre, argumenter,

Ø interpréter des documents de référence :

rechercher, se documenter2, consulter.

L’expression des conceptions initiales des élèves pourra se faire aussi bien à l’oral que lors d’écrits individuels, mais ne sera bien souvent complète qu’à l’occasion de la mise en œuvre d’une première expérimentation. Celle-ci permet au maître de mieux cerner les théories implicites des élèves, et à ces derniers de mieux identifier la nature scientifique du problème posé.

 

L’oral

L’initiative laissée aux élèves dans la conception des actions et dans l’organisation des confrontations permet d’installer dans la classe des échanges oraux chargés d’utilité et porteurs de sens.

L’expression parlée favorise une pensée à la fois réfléchie et spontanée, divergente, flexible et propice à l’invention. Ceci implique que les temps de parole s’inscrivent dans la durée grâce au questionnement du maître et à l’organisation du travail entre pairs.

De l’oral à l’écrit

Le projet développé par les élèves nécessite que certains éléments du discours soient fixés comme traces provisoires ou définitives, comme éléments de référence, comme notes et relevés, comme messages à communiquer.

En prenant appui sur l’écrit, la parole peut aussi s’assurer, être remodelée, réécrite, mise en relation avec d’autres écrits.

La langue, vecteur de la pensée, permet d’anticiper sur l’action. Lorsque la parole précède l’écriture, le discours de l’élève passe d’un langage parlé nourri d’implicite, à un langage plus précis, respectant la monosémie du langage scientifique, et intégrant à l’écrit des formes variées : schémas, graphiques, alinéas, soulignements…

Ecrire favorise alors le passage à des niveaux de formulation et de conceptualisation plus élaborés.

 

  1. : y compris images et schémas
  2.  : cf document " statut de la recherche documentaire "

L’écrit :

L’écrit invite à objectiver, à mettre à distance. Produire des écrits pour d’autres nécessite de les rendre interprétables dans un système de référents qui n’appartient plus en propre à leur seul auteur, et donc de clarifier les savoirs sur lesquels il s’appuie.

En classe de sciences, le travail de production d’écrits n’a pas comme visée principale de montrer que l’on sait écrire, mais bien de favoriser les apprentissages scientifiques de l’élève, et de faciliter le guidage pédagogique du maître.

Les élèves sont invités, individuellement ou en groupe, à produire des écrits qui sont acceptés en l’état, et utilisés en classe comme moyens pour mieux apprendre.

Au delà du texte narratif, très usité à l’école, on introduit d’autres usages de l’écrit. Ce rapport renouvelé à l’écrit présente un intérêt tout particulier pour les élèves qui n’ont pas spontanément envie d’écrire, ou qui ont peu l’habitude de réussir dans ce domaine.

Ecrire, pourquoi ?

 

Ecrits
pour mémoriser
- garder traces d'observations, de recherches, de lectures
- revenir sur une activité antérieure
- rendre disponible des résultats

 

pour
pour comprendre
- réorganiser, trier, structurer
- mettre en relation des écrits antérieurs
- reformuler des écrits collectifs

 

soi
pour agir
 - préciser un dispositif

- anticiper sur des résultats, des choix matériels

- planifier
- ...

 

Ecrits
pour transmettre
ce que l'on a compris, une conclusion, une synthèse

 

pour
pour questionner
une autre classe, un scientifique

 

les
pour expliquer

- ce que l'on a fait

- ce que l'on a compris

- référer

 

autres
pour synthétiser
- hiérarchiser, mettre en relation

 

Le carnet d’expériences

Il appartient à l’élève, et donc est le lieu privilégié de l’écrit pour soi, sur lequel le maître n’intervient pas d’autorité ; mais c’est aussi un outil personnel de construction d’apprentissages.

A ce titre, il est important que l’élève garde son carnet tout le long du cycle : qu’il puisse y retrouver la trace de sa propre activité, de sa propre pensée, y rechercher des éléments pour construire de nouveaux apprentissages, des référents à mobiliser ou à améliorer…

Le carnet comprendra donc aussi bien les traces personnelles de l’élève que des écrits élaborés collectivement et ayant le statut de savoir, que la re-formulation par l’élève de ces derniers écrits.

Toutefois, l’élève doit pouvoir ne pas tout garder de ses tâtonnements et des ses brouillons.

Ses critères pour garder ou non une trace doivent concerner la pertinence de l’écrit par rapport à l’intention qui est la sienne, non la qualité intrinsèque de cet écrit en tant que tel.

Les écrits de statuts différents gagneront à être facilement repérables par l’élève : par exemple et à chaque fois que possible, la synthèse de classe sera traitée sur ordinateur puis photocopiée pour chacun.

Dans la situation d’écriture en sciences, l’élève mobilise l’essentiel de ses efforts sur le contenu des connaissances en jeu et sur son activité (expérimentation, interactions…). Il doit d’autre part intégrer des mots, des signes, des codes, spécifiques aux textes à caractère scientifique.

La nécessaire implication des élèves dans le travail doit amener le maître à une tolérance raisonnée. Les compétences spécifiques liées à la production d’écrits en sciences se construisent sur le long terme.

Le va et vient permanent et réfléchi entre l’écrit personnel et l’écrit institutionnalisé favorise l’appropriation par l’élève de caractéristiques du langage scientifique :

 

Le rôle du maître

Il apportera des aides sous des formes variées :

Ces aides seront souvent d’abord efficaces dans les confrontations.

 

 

Les écrits intermédiaires

Produits par les groupes ou à la suite d’interactions entre élèves, ils permettent le passage du " je " au " nous ". La généralisation (passage du " nous " au " on ") se faisant en général en classe entière, avec l’aide du maître. Ils permettent : soit le retour de chaque élève sur son propre cheminement, soit l’élaboration de propositions pour la synthèse de classe. Ils sont enrichis par tous les documents mis à disposition des élèves.

 

Les documents de la classe

Ils s’appuient sur les écrits produits individuellement et par les groupes. Le maître y apporte les éléments d’organisation, de formalisation, qui permettent de résoudre les problèmes posés par la confrontation des outils intermédiaires entre eux.

Le niveau de formulation de ces documents sera compatible avec les niveaux de formulation du savoir établi que le maître aura choisis.

Enfin , il est important que le maître permette à chaque élève de reformuler, avec ses propres mots et supports, la synthèse collective validée. Le maître s’assurera ainsi du degré d’appropriation de la notion.

 

 

 

Les écrits personnels
pour

 

 

Les écrits collectifs

des groupes

pour

Les écrits collectifs

de la classe avec le maître

pour

  • exprimer ce que je pense ;
  • dire ce que je vais faire ;
  • décrire ce que je fais,
    ce que j’observe ;
  • interpréter des résultats ;

reformuler les conclusions collectives.

  • communiquer à un autre groupe, à la classe, à d’autres classes ;
  • questionner sur un dispositif, une recherche, une conclusion ;
  • réorganiser, ré-écrire ;
  • passer d’un ordre chronologique lié à l’action, à un ordre logique lié à la connaissance en jeu.
  • Ÿ réorganiser ;
  • relancer des recherches ;
  • questionner, en s’appuyant sur d’autres écrits ;
  • préciser les éléments du savoir en même temps que les outils pour les dire ;
  • institutionnaliser ce que l’on retiendra.
  •  

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